Historique

AVANT-PROPOS

Amérindiens, Français, Acadiens, Anglais, Irlandais, Canadiens et même Allemands se sont succédés et mélangés au gré des troubles politiques, des guerres et des révoltes sur le territoire de Nicolet-Yamaska. Certains y sont restés d’autres n’ont fait qu’y passer. Mais tous ont laissé des traces de leur venue, léguant une histoire mouvementée et un patrimoine riche et diversifié. Il importe maintenant de garder en mémoire l’épopée de nos prédécesseurs, ces bâtisseurs de pays.

Ces capsules historiques ont été préparées par madame Fanny Prince dans le cadre du programme Jeunes volontaires.


UN PEU D’HISTOIRE

Des fouilles archéologiques effectuées en 1998 nous apprennent que la plus ancienne trace d’une manifestation humaine sur le territoire de la MRC de Nicolet-Yamaska date de la période du Sylvicole inférieur, soit entre 1050 et 450 avant Jésus-Christ. Près du village de Saint-François-du-Lac, on a en effet retrouvé un grattoir de cette époque laissé là probablement par une bande nomade.

Il semble que les premiers établissements permanents sur le territoire de la MRC auraient été le fait des Mohicans vers la fin du XVIIe siècle. Pour des raisons inconnues, ils quittèrent la région autour de 1660. Rapidement, les Abénakis vinrent les remplacer puisqu’on rapporte que dès 1671, on compta près de 700 d’entre eux à Odanak. Entre temps, l’occupation euro-québécoise du territoire s’amorça. L’arrivée et l’installation des colons commencèrent à Nicolet en 1669 et se poursuivirent à Saint-François-du-Lac en 1673 et à Baie-du-Febvre en 1683.

Pendant tout le XVIIIe siècle, les villages installés en bordure du fleuve Saint-Laurent continuèrent à se développer. Au milieu de ce siècle, la région nicolétaine accueillit un important contingent de réfugiés acadiens. Le premier groupe arrivé entre 1755 et 1758 comporta quelques familles épargnées par la déportation. Plus tard, en 1766, arriva de Nouvelle-Angleterre un second groupe de déportés qui avait obtenu la permission des autorités anglaises de venir rejoindre la population francophone.

Après la guerre anglo-américaine de 1812-1814 et l’abolition de la tenure seigneuriale en 1854, le développement économique du territoire connut un nouvel essor. On assista à la naissance de paroisses dont les ressources furent d’abord fondées sur l’agriculture et l’industrie de la coupe du bois. Ainsi furent érigées les municipalités de Saint-Zéphirin-de-Courval (1828), Sainte-Monique (1842), Sainte-Perpétue (1853), Saint-Célestin (1850), Sainte-Eulalie (1857), Saint-Wenceslas (1857), Saint-Léonard-d’Aston (1857), Saint-Elphège (1886) et La Visitation-de-Yamaska (1898).

Les chemins de fer vinrent aussi contribuer à l’ouverture de nouveaux villages. Entre 1860 et 1910, on construisit trois voies ferrées sur le territoire. Aston-Jonction en 1915 et Grand-Saint-Esprit en 1938 durent leur existence à deux tronçons de la voie ferrée qui permettaient de relier les ports de Nicolet et de Sainte-Angèle-de-Laval à l’intercolonial.


TOUT D’ABORD, QUI EST JEAN NICOLET

La Seigneurie, la rivière, la paroisse, le comté, le district, la ville, la MRC ont arboré et portent toujours son nom. Jean Nicollet ne se serait jamais douté que la postérité graverait ainsi son nom sur un territoire qu’il n’a jamais habité, mais sans aucun doute, visité.

Originaire de France, plus précisément de Normandie, Jean Nicollet* de Belleborne se fait confier le rôle d’interprète au Canada par la cour de France. Les interprètes précédaient ainsi les missionnaires et les compagnies de fourrure auprès des Amérindiens. Ils préparaient le terrain pour leur conversion, tant à la religion catholique qu’à la politique économique des compagnies françaises.

Jean Nicollet s’inscrit donc dans cette lignée d’aventuriers qui partent à la conquête du nouveau monde. Il débarque au Canada en 1619, alors qu’il est âgé de vingt ans. On l’envoie, dès son arrivée, à l’Ile des Allumettes, située au nord d’Ottawa. Terre des Algonquins, il y apprend leur langue et leurs coutumes durant deux ans, coupé du monde et de la société française. De là, il se rend au lac Nipissing, où il demeura neuf ans au milieu des Algonquins, tout en côtoyant les nations voisines. Il apprit rapidement la langue algonquine, mais aussi la langue huronne et iroquoise. Ce qui permet d’encourager les tribus ennemies à des relations pacifiques et à agir en tant qu’arbitre dans leurs conflits. Nicollet parvient d’ailleurs à conclure un traité de paix entre les Algonquins et les Iroquois vers 1622. Malheureusement, après une trêve de quelques années, la guerre reprend de plus belle. Nicollet est alors envoyé par Champlain vers de nouvelles terres, encore inconnues. Cette croisade dure une année, durant laquelle il explore des territoires encore vierges de la présence européenne, tels le lac Michigan, le Wisconsin et la source du fleuve Mississipi.

En homme prévoyant, Nicollet transporte dans ses bagages un attirail original. Se croyant comme la plupart des Européens, tout près de la Chine, il revêt une robe de mandarin richement ornée. Ceci dans l’espoir de ne pas mal paraître, au cas où il rencontrerait l’empereur de Chine. S’il ne voit pas l’ombre d’un seul Asiatique au cours de ses voyages, son allure ne manque pas de produire un certain effet sur les Amérindiens.

L’année 1635 voit arriver Jean Nicollet au poste de Trois-Rivières, nouvellement fondé. Il y demeure jusqu’en 1642, remplissant les fonctions d’interprète et de commis de la traite pour la Compagnie des Cent-Associés. Il s’y marie en 1637, alors âgé de trente-neuf ans, avec la filleule de Champlain, jeune fille de onze ans, une coutume assez commune à l’époque.

En 1642, les Algonquins de Trois-Rivières ayant capturé un Sokokis, un ennemi de leur tribu, s’avisèrent de le torturer. Inutilement, les religieux comme les autorités civiles tentèrent d’obtenir sa libération. Nicollet, alors à Québec, est envoyé le quérir en canot. On a confiance en ses qualités de négociateur. S’embarquant dans une chaloupe avec des compagnons à Québec, il n’arriva jamais à Trois-Rivières.

Bien que les Amérindiens aient surnommé Jean Nicollet « Achirra », ce qui signifie « homme deux fois » ou « surhomme », il meurt noyé le 27 octobre 1642.

Plusieurs fois au cours des sept années passées à Trois-Rivières, Jean Nicollet a exploré les terres sur la rive sud du fleuve y étudiant probablement le potentiel de fourrures et la richesse des forêts. Pour honorer sa mémoire, on nomma la rivière qui traverse notre région en son honneur. Si au cours des années qui suivirent elle a porté successivement divers noms, car les premiers seigneurs de Nicolet ont tenté d’imposer les leurs, celui de Nicolet a toujours prédominé. Et de la rivière, ce nom est passé à toute la région.

* L’orthographe de ce nom a été modifié au cours des années pour ne conserver qu’un seul « l ».


LES PREMIERS HABITANTS

Les premiers à s’être établis sur le territoire de façon permanente n’étaient pas des Européens, mais des Amérindiens. Les Mohicans et les Abénakis se partagèrent successivement le territoire. Mais les Mohicans, ou la nation du Loup comme on les appelait aussi, disparaissent de la région vers 1660. Seuls restent les Abénakis, qui s’établissent le long de la rivière Saint-François aux environs de 1679 et fondent le village d’Odanak, où ils cohabitent pacifiquement avec des Sokokis.

Converti à la religion, le village amérindien d’Odanak va entretenir des rapports étroits avec les Européens qui ne vont pas tarder à devenir leurs voisins. Leur population va fluctuer au cours des années. En 1671, on retrouve à Odanak sept cents Abénaki*. Population qui dépasse de beaucoup celle de Nicolet à la même date.

Guerriers avant tout, alliés fidèles et redoutables des Français, ces amérindiens se rendirent très utiles lors des guerres qui suivirent. On les retrouve au front sur les plaines d’Abraham durant la guerre de la Conquête, et au premier rang lors des guerres d’indépendance et d’invasion américaines.

* Nous parlons aujourd’hui seulement des Abénakis. C’est qu’on en est venu à confondre ceux-ci avec les Sokokis, mais ce sont deux tribus distinctes. SULTE, Benjamin, Histoire de Saint-François-du-Lac, Montréal, Imprimerie de « L’Étendard », 1886, page 104.


LES COLONS AUX ALLURES MILITAIRES

Pendant le XVIème siècle, la région du Lac Saint-Pierre est au centre d’une guerre qui oppose les Iroquois aux Algonquins. On comprend, dans cette situation, combien difficile était l’établissement des défricheurs sur notre territoire, théâtre de toutes ces rivalités. La ville de Trois-Rivières, enfermée derrière de hauts remparts et gardée par une garnison de soldats, bravait tant bien que mal ces hostilités.

Au début des années 1660, la France envoie tout un régiment pour protéger les Français d’Amérique. Il s’agit du régiment Carignan-Sallière.

Ce régiment était divisé en vingt-quatre compagnies d’environ cinquante hommes chacune, donnant au total une garnison de douze à treize cents soldats, qu’on échelonna le long du fleuve, à Trois-Rivières entre autres. Après avoir mis fin au conflit avec les Iroquois, ces soldats sont invités, par le roi de France à s’établir au Canada. Plusieurs d’entre eux vont choisir la région de Nicolet comme lieu d’établissement, et ainsi de soldats se transformer en colons.


DES SEIGNEURIES

Sur le territoire de la MRC de Nicolet-Yamaska, huit seigneuries sont concédées entre 1668 et 1754. Ce sont:

l’Ile Moras (1668) Nicolet (1672) Lussaudière (1672) Saint-François (1673) Baie-du-Febvre (1682) Pierreville (1683) De Guire (1751) De Courval (1754)


TERRE D’EXIL

Apport considérable pour la région de Nicolet, l’arrivée des Acadiens donne un souffle nouveau à la colonisation de ses terres. Fuyant la déportation, un grand nombre d’entre eux viennent s’établir sur notre territoire. Plusieurs réfugiés vont s’établir à Nicolet, dans ce qu’on appelle le Bois des Acadiens.

La présence massive des Acadiens dans la région occasionnera quelques maux de tête pour les autorités civiles et religieuses. On imagine l’idée que les Acadiens pouvaient avoir de l’autorité anglaise, celle-là même qui les avait déportés, et qui gouverne le Canada à partir de 1763, après la guerre de la Conquête. Même s’ils doivent recommencer à zéro dans un pays neuf, ils demeurent sur leurs gardes et supportent mal les abus de pouvoir. Ce qui fait de la population de Nicolet et des environs une « population turbulente », qu’on surveille du coin de l’oeil et qu’on aborde avec diplomatie.


DE MAUVAIS SUJETS ?

La guerre d’Indépendance Américaine

La « turbulence » de la population nicolétaine se confirme d’ailleurs lors de la guerre d’indépendance américaine de 1776. Alors que les républicains américains envahissent le Canada pour nous entraîner dans leur lutte contre l’Angleterre, Nicolet, Baie-du-Febvre et Saint-François-du-Lac expriment ouvertement leur sympathie pour la cause des États-Unis. Pour se défendre contre l’invasion, le Canada appelle les habitants sous les armes. Peu nombreux, dans la région de Nicolet, sont ceux qui répondent à l’appel pour rejoindre les rangs de la milice. Voyant le peu d’enthousiasme des Canadiens français pour la défense du Canada et de l’Empire britannique, le gouvernement anglais « loue » des soldats allemands. Un bataillon d’officiers allemands est d’ailleurs cantonné à Saint-François-du-Lac durant de longues années, jusqu’en 1783 exactement, date à laquelle l’Angleterre reconnaît l’indépendance des colonies américaines.


D’ARDENTS PATRIOTES

L’insatisfaction des Américains envers leur ancienne mère-patrie, l’Angleterre, gagne les Canadiens français au début de la décennie 1830. La Rébellion des Patriotes se prépare et si les batailles se déroulent principalement dans le comté voisin de Yamaska, à Saint-Charles, Saint-Denis et Saint-Eustache, l’agitation n’en est pas moins forte à Nicolet, Baie-du-Febvre et Saint-François. Discours, assemblées patriotiques, affrontements entre partisans patriotes et loyalistes, la situation politique ne laisse personne indifférent.

D’ailleurs, à l’hiver 1839, les deux députés de Nicolet, Jean-Baptiste Hébert et Jean-Baptiste Proulx sont conduits à la prison de Montréal. Ils ne sont pas les seuls: plusieurs partisans patriotes des comtés de Nicolet et de Yamaska sont écroués à Trois-Rivières. En ce qui concerne les députés, leurs discours n’ont pas plu aux bureaucrates, qui y ont relevé des calomnies attaquant à la fois l’Empire et la Reine d’Angleterre.

Plus grave encore, le député Hébert a fait fondre des cuillères dans le sous-sol de sa maison, dans le but avoué d’en faire des balles afin d’attaquer les troupes anglaises. Malgré la gravité de ces accusations, les deux députés de Nicolet sont relâchés trois semaines après leur incarcération.

Repentants après les défaites de Saint-Charles et Saint-Eustache, les habitants de la région se soumettent. Plusieurs dissidents sont arrêtés, à la Baie, Saint-François et Nicolet. De brefs séjours dans la prison de Trois-Rivières leur font passer leurs idées révolutionnaires. Pour ramener le calme au sein de la population nicolétaine, le gouvernement envoie des officiers à Nicolet afin de leur faire prêter serment d’allégeance à la Reine d’Angleterre. Selon un reportage du journal Le Canadien, environ un millier d’habitants de Nicolet jurent fidélité à l’Angleterre au mois de février 1838.


DES MUNICIPALITÉS ET DES DATES

PAROISSE

ÉRECTION RELIGIEUSE

ÉRECTION CIVILE

Nicolet (ville)

1872

Saint-Jean-Baptiste-de-Nicolet

1831

1835

Nicolet-Sud

1930

Baie-du-Febvre

1833

1842

Saint-François-du-Lac

1714

1845

Saint-Thomas-de-Pierreville

1853

1854

Notre-Dame-de-Pierreville

1894

1894

Saint-Zéphirin-de-Courval

1828

1835

Saint-Elphège

1886

1875

La-Visitation-de-Yamaska

1898

1899

Sainte-Monique

1842

1873

Grand-Saint-Esprit

1938

Sainte-Perpétue

1866

1866

Saint-Célestin

1850

1850

Saint-Léonard-d’Aston

1857

1862

Saint-Wenceslas

1857

1862

Sainte-Eulalie

1857

1862

Saint-Raphaël d’Aston

1916

1916


UN ÉVÉNEMENT MÉMORABLE : LA GUERRE DES ÉTEIGNOIRS

La Guerre des Éteignoirs a malheureusement rendu notre région célèbre pour tous ceux qui se penchent sur l’histoire de l’éducation au Québec. Bien que ceux qu’on a surnommés les « Éteignoirs » aient été présents dans les quatre coins de la province, c’est pourtant à Nicolet, Saint-Grégoire et les environs qu’ils ont fait le plus de bruit.

Le conflit, qui allait dégénérer, a pris naissance en 1836, alors que le Conseil Législatif du gouvernement du Bas-Canada ferme 1665 écoles, privant ainsi 40 000 enfants d’éducation primaire. De 1836 à 1841, l’organisation scolaire est donc presque nulle: seules restent ouvertes les institutions subventionnées par les Fabriques, en tout quarante-neuf écoles pour le Québec en entier. Le gouvernement de l’Union veut rebâtir le réseau scolaire, et vote à cet effet plusieurs lois. Ce sont ces législations qui mettent le feu aux poudres et donnent naissance à ceux qu’on nomme les « Éteignoirs », baptisés ainsi parce qu’on les accuse de vouloir éteindre la lumière du savoir en refusant l’établissement des écoles publiques. Pourtant, la révolte que les Éteignoirs ont menée ne s’attaquait pas aux écoles, mais bien aux législations qui les entouraient. Le peuple, et parmi lui les plus pauvres, gronde. La vague de violence ne tarde pas à éclater.

En bien des endroits, on refuse ou on empêche l’élection des commissaires d’école. Plusieurs parents retirent leurs enfants des institutions scolaires, afin d’éviter de payer la contribution obligatoire. Les conseils scolaires n’arrivent pas à garder les écoles ouvertes et à payer les instituteurs.

À partir de 1846, la tension monte et devient presque du délire. Une nouvelle loi rend la taxe obligatoire, même pour ceux qui n’ont pas d’enfants inscrits à l’école publique. Les chefs des Éteignoirs, politiciens intéressés à la cause, alimentent la peur et la révolte des habitants avec le spectacle de la misère irlandaise. Le Canada du XIXe siècle a été le refuge de milliers d’Irlandais, chassés de leur pays par la famine et le poids écrasant du système gouvernemental. De fait, la région de Nicolet a reçu un fort contingent d’Irlandais, établis principalement à Sainte-Monique, La Visitation et Saint-Zéphirin-de-Courval. Ce qui peut expliquer l’ardeur des Éteignoirs dans la région.

En 1847, une première émeute éclate à Saint-Michel d’Yamaska. À Saint-François-du-Lac, en 1849, on tond la crinière et la queue de chevaux des estimateurs. Au même endroit, cette même année, environ 300 personnes envahissent la salle du Conseil municipal et la saccagent. Une grange est incendiée à Sainte-Monique. À Nicolet, la session trimestrielle des conseils municipaux étant fixée pour le 11 mars 1850, elle n’eut pas lieu: les conseillers n’osèrent pas se montrer, craignant, à juste titre, d’être molestés de quelconque façon.

Baie-du-Febvre n’est pas à l’abri de toute cette agitation. Comme ailleurs, les Éteignoirs menacent les estimateurs et les commissaires d’école. Ils tentent aussi de s’emparer des livres de compte déposés à Saint-François-du-Lac et de les brûler.

Les curés, qui s’étaient rangés du côté de la loi, ne sont pas à l’abri de la colère populaire et en subissent eux aussi les soubresauts. Ceux-ci, dans chaque paroisse, sont membres de la commission scolaire sans avoir été élus. Ils sont souvent les seuls de la commission à se montrer en faveur des législations scolaires. Ainsi se heurtent-ils, trop souvent, à l’opposition. Le 10 septembre 1845, le curé de Baie-du-Febvre est d’ailleurs bien étonné et contrarié lorsqu’un groupe d’opposants se dit en droit d’exiger le tiers des revenus de la Fabrique pour le financement des écoles. On s’entend finalement pour ne prendre que la quête de l’Enfant-Jésus.

Le gouvernement décide de mettre un frein à toute cette hystérie en 1850. Un corps de cavalerie est envoyé à Saint-François et Baie-du-Febvre pour arrêter les agitateurs. Cinq Éteignoirs sont condamnés à la prison et à l’amende le 8 février 1851. Pourtant, grâce aux démarches entreprises par le curé de Baie-du-Febvre et quelques citoyens, ils sont libérés quelques semaines plus tard, après avoir offert des garanties de soumission et de paix.

En 1851, le gouvernement crée l’inspectorat. Les difficultés sont peu à peu aplanies par les inspecteurs d’école. Quelques années plus tard, la Guerre des Éteignoirs n’est plus qu’un mauvais souvenir, mais certaines paroisses ont conservé longtemps une organisation scolaire déficiente et quelques-unes ont pris plusieurs années à se relever de cette crise*.

* À Saint-Michel d’Yamaska le conflit a été interminable. En 1854 on tente d’y rétablir l’ordre. Voyant que tous les efforts en ce sens sont vains et craignant d’empirer les troubles, le gouvernement abandonne cette paroisse à elle-même. Dix-huit ans plus tard, la loi scolaire n’y est pas encore appliquée. Encore dans les 1960, cette municipalité avait une organisation scolaire bien distincte des autres, et contenait autant de commissions scolaires que d’écoles.